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H. Sterdyniak : « La politique de rigueur aboutit à la catastrophe économique »

Le président de la République vient de recadrer trois de ses ministres qui souhaitaient ouvrir le débat sur l’austérité. Ne manquant pas d’aplomb, F. Hollande a déclaré que sa politique n’avait rien à voir avec l’austérité. Les séquano-dyonisiens, les chômeurs, les agents des services publics apprécieront ce mensonge d’un président coupé des réalités sociales et des milieux populaires!

Henri Sterdyniak dirige le Département économie de la mondialisation de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Il explique, sur le site du Nouvel Obs, pourquoi l’obstination européenne à promouvoir partout des politiques d’austérité conduit dans le mur.

 

François Hollande vient de défendre la ligne du sérieux budgétaire contre Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Cécile Duflot qui avaient lancé un appel à refuser l’austérité. Ce choix vous surprend-il ?
Henri Sterdyniak. Le président de la République et le Premier ministre sont fermement attachés à poursuivre une politique de rigueur imposée par la Commission européenne. Même si cette politique aboutit à la catastrophe économique et pose de très graves problèmes sociaux. Nous sommes face à une obstination à l’échelle de l’Europe et à l’échelle de la France qui est tout à fait problématique.

Est-ce le cas de la Grèce qui vous amène à cette conclusion ?
H.S. Il n’y a pas que l’exemple grec, mais aussi le Portugal, l’Espagne, l’Italie. Ces pays montrent que si toute l’Europe mène une politique d’austérité, on obtient un gain extrêmement faible en termes de déficits publics. La France va avoir beaucoup de mal à tenir les objectifs et en plus on brise la croissance. On met en cause notre modèle social comme on l’a vu avec les allocations familiales et comme on risque de le voir avec les retraites. C’est une stratégie suicidaire dans laquelle l’Europe s’est engagée sous la pression de l’Allemagne, de la Commission européenne. Et jusqu’à présent, la France ne veut pas prendre l’initiative de briser cette politique catastrophique.

L’appel de Montebourg et Hamon va donc rester un vœu pieux ?
H.S. En Europe, beaucoup de voix se lèvent et petit à petit mettent en cause cette politique qui nous mène dans le mur.

On voit aujourd’hui les Etats-Unis demander à l’Europe de soutenir la demande. Pourquoi n’entend-elle pas ?
H.S. Notre situation est observée avec tristesse par les Etats-Unis ou la Chine. La zone euro apparait dans l’économie mondiale comme une zone de faible croissance mais aussi de risque potentiel : on ne sait pas s’il n’y aura pas une nouvelle crise en Espagne ou en Slovénie. C’est à la fois un facteur de ralentissement de la croissance mondiale et d’instabilité.

Le parallèle avec la crise des années 30 est-il justifié ?
H.S. C’est un parallèle assez évident. En 1930, les pays qui pratiquaient une politique de rigueur se sont complètement plongés dans la récession, ne faisant que l’accentuer. On se dit que dans dix ans, la politique européenne sera montrée comme un exemple d’aveuglement complet.

Le déficit de la France devrait atteindre 3,7% en 2013 contre les 3% demandés par l’Europe. C’est un fléchissement ?
H.S. Cette année, nous allons avoir une croissance nulle. Déjà, pour passer de 4,8 à 3,7, il faut un effort budgétaire de l’ordre de deux points de PIB, ce qui est déjà extrêmement fort. Cet effort va contribuer au ralentissement économique. Et en 2014, il faudra un autre effort de l’ordre de deux points : les perspectives sont donc de deux années de croissance nulle avec des politiques budgétaires où l’on va s’épuiser à chercher à réduire les dépenses avec un impact très négatif sur la consommation et sur le sentiment de confiance des Français. Quand on leur dit qu’on va faire 20 milliards d’économies sur leurs retraites et leurs prestations et que ce sera pareil l’année prochaine, ce n’est pas ça qui va les inciter à acheter une voiture ! Ça nous enfonce dans une spirale dangereuse.

Alors quelle sortie de crise ?
H.S. Il faut une rupture complète de stratégie en Europe. Nous devons oublier le déficit, la dette publique, arrêter les politiques d’austérité. Il faut se donner des objectifs de relance de l’investissement productif, préparer la transition écologique, financer les entreprises innovantes pour relancer l’économie. C’est ça la grande priorité.

Puisqu’on ne ne trouve pas de consensus européen, la France peut-elle se lancer seule ?
H.S. Il faudra bien ! S’il n’y a pas un changement de stratégie des pays du Nord, il faudra que les autres aient le courage de dire qu’on ne peut pas continuer comme ça. Sinon, on est mort.

Comment expliquer cette paralysie de la France ?
H.S. En juin 2012, la France a reculé devant la perspective d’une crise en Europe. Le gouvernement a accepté de signer le pacte budgétaire. Il a pris des engagements inconsidérés en matière de finances publiques. Il n’a pas osé prendre la tête d’une coalition des pays du Sud en se disant qu’on allait être attaqué par les marchés financiers. Et, du coup, on continue dans une stratégie dont on voit bien qu’elle ne mène nulle part. Il y a urgence à changer.

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