Fédération PCF de Seine-saint-Denis (93)

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discours de Nathalie Simonnet, secrétaire départementale, pour présenter les voeux du PCF 93 (mercredi 21 janvier 2015)

Cher-e-s ami-e-s, cher-e-s camarades,

Je veux commencer cette allocution par vous souhaiter mes meilleurs vœux de bonheur, de joie, de réussite à vous et à tous ceux qui vous sont chers. C’est très important pour moi de le faire avec beaucoup de force, car dans les moments très difficiles que nous avons vécus ces derniers jours, je pense qu’il est important que nous soyons fraternels et solidaires.

Pas pour se replier sur nous-mêmes, au contraire, mais pour ensemble affronter cette réalité qui nous a bouleversé et qui est tellement à l’opposé de ce pourquoi nous nous battons, de notre idéal, de notre vision du monde.

Comme l’ultra-majorité de nos concitoyens, quelle que soit leur opinion politique, leur origine ou leur éventuelle confession nous avons été profondément blessé par ce qui s’est passé, profondément heurté par ce que nous pensions inimaginable dans notre pays.

Dix-sept de nos compatriotes assassinés par des fanatiques au nom d'une idéologie fascisante qui ne reconnaît pas les valeurs de notre République. Dans son traité sur la tolérance Voltaire disait déjà : « La tolérance n’a jamais excité de guerre civile, l’intolérance a couvert la terre de carnages. »

Des millions de Français sont descendus dans les rues des petites et grandes villes de France pour rendre hommage aux victimes, pour refuser la haine, pour dire que nous resterons un pays de libre expression, que l’obscurantisme ne bâillonnera pas l’impertinence, la libre-pensée et l’humour.

Après l’inconcevable barbarie qui s’est abattu sur notre pays, nous avons assisté à la réponse la plus forte que pouvait donner le peuple de France, dire dans la dignité et le respect de l’autre, loin des haines et des invectives que les valeurs de la République resteraient les plus fortes.

Nous avons assisté à un mouvement de création, contre celui de la destruction, qui a produit en l'espace de quelques heures, des dizaines de milliers de dessins, de textes aussi et de chansons. Un mouvement porteur de la liberté d'expression et de la liberté de conscience contre l'obscurantisme.

Cette immense riposte populaire est une première victoire qui isole les va-t’en guerre. D’ailleurs, Marine Le Pen est allée se réfugier à Beaucaire, non parce qu’elle était écartée de la manifestation parisienne, mais parce que le contenu démocratique et fraternel de celle-ci était contraire à ses objectifs. Elle, qui a immédiatement prôné la peine de mort, fait porter la responsabilité du drame sur l’immigration, pointé du doigt les musulmans.

Cette mobilisation populaire n'allait pas de soi dans le climat politique que nous connaissons, quand les déclarations racistes de responsables politiques se banalisent, quand la xénophobie, l'antisémitisme et l'hostilité aux musulmans se répandent dangereusement, quand monte la violence partout dans le monde, l'idéologie du choc des civilisations, quand les guerres diffusent  peur et insécurité. 

Nous sentons bien que la situation actuelle peut basculer vers le meilleur comme vers le pire.    

Nous sommes aujourd’hui, d’une certaine façon au pied du mur.

Dans quelle société allons-nous vivre, quel monde sommes-nous en train de construire ? Ces questions nous nous les posons individuellement en regardant grandir nos enfants.

Il est tant aussi d’y répondre collectivement, de construire des réponses tous ensemble.

Il est nécessaire que notre société s’interroge, oui la devise de notre République est Liberté, Egalité, Fraternité, mais quel en est le véritable sens dans la vie de tous les jours ?

Certains disent que Charlie était sulfureux. Mais ce n'est pas Charlie qui sentait le soufre, c’est notre société, c'est notre monde.

Quand au niveau mondial, 1% des plus riches possèdent un patrimoine supérieur aux 99% restant. Derrière les chiffres, il y a tout un monde, il y a des mondes, celui des yachts, du luxe, des châteaux et puis parce que l’un est le pendant de l’autre, celui de faim, de la peur, des guerres, de la Méditerranée qui devient un cimetière pour migrants. En France, 5ème puissance économique mondiale, des SDF meurent dans la rue aux premières rigueurs de l’hiver, des millions de gens mangent grâce aux associations caritatives, huit millions de français, un enfant sur cinq vivent sous le seuil de pauvreté, cinq millions de chômeurs, un jeune sur trois sans travail, trois sur quatre quand il s’agit de nos quartiers, 80% des embauches faites en CDD. 

Alors, pour les uns ce sont des chiffres froidement alignés, pour les autres se sont leurs vies qui se déchirent, leurs rêves qui s’évanouissent, leurs espoirs qui disparaissent, leurs enfants en qui ils mettaient tant d’espérance qui se laissent enfermer dans la violence, des radicalités stériles…  

Qui  peut imaginer un instant que l’échec scolaire, le chômage de masse, l’absence de perspective, l’inquiétude pour l’avenir…    

Qui peut imaginer qu’une société qui nie à ce point les individus, qui les méprise jusqu’à leur suggérer de devenir milliardaire alors qu’ils n’ont pas de quoi finir leur fin de mois ou payer leurs étude …

Qui peut imaginer que cette situation ne va pas avoir des conséquences sur les individus et leurs comportements.

Oui, cela produit du mal-vivre ensemble, des désocialisations, du ressentiment et parfois des haines, des fractures qui s’incrustent dans notre société.

Nous avons un rôle crucial à jouer dans cette période, pour que le débat s’engage en grand dans notre société, pour permettre à chacun de réfléchir à partir du réel.

Il faut s’interroger, il faut que la société s’interroge sur les causes de cette situation.

Au lieu de demander comme vient de le faire Malek Boutih, la mise sous tutelle de certains quartiers, débattons des politiques à mettre en œuvre pour faire reculer les inégalités territoriales qui se sont à ce point aggravées qu’elles mettent en cause la dignité et les droits de leurs habitants.

Au lieu, de demander un consensus sur la loi Macron comme le fait Jean Christophe Cambadélis, débattons des choix du gouvernement sur les politiques industrielles, les politiques d’emplois, les politiques salariales. La loi Macron est un texte régressif, c’est la liberté d’exploiter en grand : extension du travail du dimanche, du travail de nuit, libéralisation des transports en autocar, remise en cause de la justice prud’homale, mise en concurrence des professions réglementées.  

Le 26 janvier prochain, une nouvelle manifestation aura lieu  appelons à y participer massivement.

Au lieu de supprimer en Seine Saint-Denis des REP, des Rased, de consacrer pour nos enfants 47% de moins que pour un écolier parisien, débattons des moyens pour qu’aucun jeune ne sorte de l’école sur un échec. Faisons de l'école de la République, celle qui fait sa place à l'esprit critique et à la culture du débat, celle où chaque jeune reçoit une éducation. Et en fonction de ses goûts, de ses talents, de ses capacités, en sorte avec un diplôme qui lui assure une bonne entrée dans la vie d'adulte, dans la vie active, dans la vie citoyenne...

Oui, nous voulons vivre en sécurité, mais évaluons les dispositifs existants, les moyens qui y sont consacrés, les effets qu’ont eu les politiques de réduction des effectifs de la police de proximité, réfléchissons aux moyens donnés aux forces de l'ordre pour récupérer les milliers d'armes qui sont aujourd'hui en circulation dans notre pays.

Oui, nous voulons vivre en sécurité, mais est-ce que la solution est de réduire les libertés individuelles et collectives. Le danger est non seulement celui d'un « Patriot Act » à la française qui ne dirait pas son nom mais le risque est réel d'une augmentation des atteintes aux libertés à partir des lois existantes.

Interrogeons la politique extérieure de la France. Les plans d'austérité imposés aux pays européens par les gouvernements de l'Union dont le nôtre, le pillage des richesses des États du Proche et Moyen Orient, les remises en cause de la souveraineté des peuples, la collaboration avec l'Arabie Saoudite, le Qatar ou la Turquie qui apportent un soutien aux organisations djihadistes... 

Nous réaffirmons : la France doit soutenir les forces démocratiques, comme  la situation l’exige à Kobané. La France doit promouvoir une logique de paix au Proche-Orient ce qui suppose que le Président de la République reconnaisse l’Etat palestinien comme cela a été voté par le Sénat et l’Assemblée nationale.

Débattons de l’intervention militaire en Irak que les députés communistes et Front de gauche n’ont pas voté et que nous considérons comme une terrible impasse.

Oui, il faut mettre toutes les questions sur la table : les valeurs de la République, le rôle de ses écoles et de ses prisons, la religion et la laïcité, les fractures de notre société à travers les inégalités, les conditions du vivre-ensemble, la politique extérieure de la France et l'état du monde.   

Comment voulons-nous vivre ? Peut-on concevoir notre avenir collectif dans la haine, le repli, les divisions, le tous contre tous NON, nous voulons vivre ensemble, non pour cohabiter mais pour faire société ensemble, au-delà et dans le respect de nos opinions et de nos croyances. 

Nous pensons cela, je crois que la majorité, la très grande majorité des habitants de nos villes, nos quartiers pensent la même chose.

Soyons, nous les communistes, à l'opposé de ceux qui n'ont rien d'autre à proposer que la guerre, des politiques sécuritaires, un projet libéral, soyons porteurs d'un message d'espoir pour notre pays à la hauteur du mouvement du 11 janvier

Allons à la rencontre des habitants de nos quartiers, comme nous l’avons fait depuis le début, réaffirmons qu’il est urgent d'en finir avec la stigmatisation, les discriminations et les violences envers les Français de confession musulmane de la part des pouvoirs successifs comme des médias qui banalisent et reprennent à leur compte le discours islamophobe du Front national et de combattre avec la même détermination le retour insupportable de propos et d'actes antisémites dans notre pays.

Portons l'ambition d'une France unie, pas une union nationale qui vise à étouffer la parole populaire, mais une union pour un nouveau projet d'émancipation humaine.

Une France qui renoue avec l'héritage des lumières, qui se donne un projet collectif, humain, émancipateur. Une France debout, solidaire, unie. Une Seine Saint Denis debout, solidaire et unie c’est le message que nous porterons pour  les élections départementales qui auront lieues dans deux mois et qui ne sont pas déconnectées de ces grands enjeux, et dont nous ne voulons surtout pas en faire une parenthèse lors de laquelle nous parlerions d’autres choses.

La réforme territoriale, la disparition des départements, la baisse des dotations aux collectivités territoriales, la suppression de la clause de compétence générale seraient des coups supplémentaires portés aux habitants de la Seine Saint Denis car synonymes de moins pour les politiques sociales, moins pour le logement, pour la culture, le sport.

Comme nous l’écrivons dans notre projet départemental pour les élections « Aux exclusions sociales, culturelles, opposons la dignité, les services publics, les droits sociaux, la liberté de création, l'émancipation et la réussite de chacun en lien avec les autres. Au gâchis de l’austérité, à l’indécence de ceux qui planquent leur argent, à l’égoïsme des profits qui épuisent les hommes et la planète, opposons les richesses de notre travail, les talents de nos villes, de nos quartiers, opposons un nouveau mode de développement social et écologique.

Aux abandons démocratiques et aux injustices sociales, opposons la fraternité et un nouvel essor de la démocratie, avec la promotion du rôle des départements et des communes, de nouveaux droits d’interventions pour les citoyens et les associations.» Notre peuple a besoin d’espoir, déployons-nous tout azimut pour en être les porteurs.

Enfin, un dernier mot sur l’importance de ce qui va se passer dimanche prochain en Grèce. SYRIZA peut remporter une importante victoire contre la dictature de l’austérité, contre l’Europe des banques, des spéculateurs, des exploiteurs qui sacrifient les peuples et la jeunesse sur l’autel du profit.

Cette victoire serait un souffle d’espoir dans toute l’Europe, prouvant que nous ne sommes pas voués au pire mais que les peuples peuvent ouvrir la voie au meilleur.

Pour conclure, permettez-moi de conclure avec Pablo Neruda «  Nos ennemis peuvent couper toutes les fleurs, mais ils ne seront jamais maitres du printemps. »

Je vous remercie de votre attention.

 

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